Utilisables, Italie

Exposition "Utilisables", de Gabriele Corni

Gabriele Corni : "Utilisables"

"Les poupées sont le reflet des besoins de ceux qui se trouvent de l'autre côté." Gabriele Corni

Inanimées, mais animables à la fois. Utilisables. Des poupées ayant une fonction spécifique, pour répondre pleinement à leur maître. Vous pouvez les choisir et les déshabiller en fonction de votre goût. La couleur des cheveux, des yeux, les caractéristiques, les formes.
Avec ces femmes-là, toutes les fantaisies peuvent être accomplies.

Gabriele Corni nous confronte à un fait indiscutable, à une fenêtre offrant un produit de luxe.
Irréprochable et parfait. Désirable.
Geishas calmes, discrètes, très belles. En attente d'une personne qui les choisisse et les utilise.
Elles sont prêtes.
Images, poupée en silicone de Doll Story, en voyage en Italie
Images, poupée en silicone de Doll Story, en voyage en Italie
Images, poupée en silicone de Doll Story, en voyage en Italie
Images, poupée en silicone de Doll Story, en voyage en Italie
Images, poupée en silicone de Doll Story, en voyage en Italie
images, poupée en silicone de Doll Story, en voyage en Italie
images, poupée en silicone de Doll Story, en voyage en Italie
images, poupée en silicone de Doll Story, en voyage en Italie
La question de la femme imaginaire nous conduit à la question de l’objectivisation du corps de la femme, avec la création d'un substitut. C’est ainsi que la poupée gonflable est devenue très sophistiquée, mimétique dans toutes les parties du corps, avec des systèmes capables d'activer une réponse sonore et physique.

Corni montre ces nouveaux clones esclaves, sans âme. Et c’est ici que se produit un renversement de tendance, la poupée-objet est alors transformée en un corps-objet, en un système hybride entre l'homme et la marionnettes, entre la chair et le plastique. Corni met en œuvre un jeu subtil, déroutant le spectateur et accueillant la suggestion de l'ambiguïté à travers la sensualité des formes et des couleurs, qui prennent vie dans une lumière irréelle. Des détails sensibles déplacent l’attention sur le côté humain, d'autres se réfèrent à la simulation. La confusion conduit à une observation presque maniaque, qui transforme les masques en visages, la porcelaine en peau.

C’est techniquement en post-production que Corni parvient à recréer ces effets.
Il part de la photographie et fusionne des parties de corps humain avec ceux des poupées japonaises hyper réalistes, puis il les fige dans une sorte de sculpture de masses polies, ce qui donne un effet très pictural et place de ces nouveaux corps dans un espace indéfinissable. C’est lorsque vous arrêtez de déchiffrer qu’apparaît la lenteur dans le geste. L'attente est un état de suspension dans lequel ce travail acquiert toute sa densité. Le travail devient ainsi une sorte de récipient pour la conservation à long terme de cet "hôte-produit".

La définition de l’image ainsi obtenue rend ainsi ces femmes impeccables. Raffinées, parfaitement exposées, en apparence fragile mais avec une épaisse carapace. Intouchables car fragiles. "Handle with care" pourrait être un bon titre. Leur présence physique met en évidence une absence émotionnelle, loin du regard et du jugement de ceux qui les regardent. La perfection fait peur et déclenche un mécanisme de voyeurisme, la seule façon possible d'entrer en contact avec ces figures ambigües.

Cette sensualité aux reflets veloutés entre en contraste avec les ombres des plis de la peau et stimule les sens, les portant vers la frontière de l'érotisme, en y passant très près, mais sans jamais la dépasser.
Protégées par leur impuissance, les "utilisables" de Corni subissent un processus de rachat, grâce à la perfection esthétique qui les transforme en muses-totems.

Élevées au rang d'icônes, ces organismes conservent toutefois une histoire personnelle qui émane de l’empathie. La lisse et provocante poupée est accueillante, presque sûre d’elle, alors que l'enfant androgyne est plus contracté, renfermé et tendu. Derrière ces deux modèles, deux maîtres lointains, non dans l'intention, mais dans la modalité.

Rester en équilibre entre la sensualité et l'érotisme, entre le réel et l’imaginaire, tous les lieux d'observation face à des questions intimes de la vie personnelle, sociale, morale et éthique.
Dans cette société du beau, la perfection peut éblouir et la solitude peut conduire à des choix extrêmes.

Gabriele Corni, avec ce projet, nous permet de regarder dans la "réflexion métaphorique" qui se reflète dans son travail, mettant en evidence les faiblesses et les tensions émotionnelles.

ELISA SCHIAVINA
Images, les poupées de Doll Story, par Gabriele Corni